Par Paul Ryding
Beaucoup de chemin a été parcouru depuis que Zac Purton est descendu d'un avion à Hong Kong en 2007. Il n'était alors qu'un jeune homme de 24 ans au visage juvénile, peu connu en dehors de l'Australie. Dix-neuf saisons plus tard, l'Australien se dresse seul au sommet en devenant le premier jockey à atteindre le cap des 2 000 victoires sur ce territoire. Ce jalon historique, franchi à Sha Tin ce dimanche 31 mai, inscrit définitivement son nom parmi les géants des courses de Hong Kong.
Aujourd'hui, des vitrines à trophées bien remplies symbolisent plus d'une décennie d'hégémonie sans partage. La situation semble idyllique. Pourtant, de longues années d'adversité ont marqué le début de son expérience à Hong Kong. Comme tout le monde, Zac Purton a dû se battre pour faire son trou au sein de l'un des circuits les plus sélectifs de la planète.
À son arrivée, les vestiaires étaient bien occupés. Le jeune Australien y côtoyait Gérald Mossé, le charismatique virtuose français, dont le style tout en patience faisait merveille sur la scène internationale ; Felix Coetzee, le Sud-Africain à la détermination farouche dont l'association avec le crack Silent Witness avait assuré la place au panthéon des grands pilotes ; ou encore Douglas Whyte, le titan de Sha Tin, maître tactique au milieu d’une série historique de 13 titres consécutifs.
Comment un jeune jockey originaire de Lismore, une petite ville provinciale de la côte nord de l'Australie, pouvait-il espérer faire carrière dans une cité dominée par des stars internationales aussi installées ?
Zac Purton confie : « J'étais un gamin que personne ne connaissait. C'était très difficile de décrocher une opportunité. Il s'avérait même compliqué d'obtenir une monte capable de faire sa course. Je me retrouvais associé à beaucoup de chevaux à 50 ou 100 contre 1 qui ne faisaient que de la figuration. C'était assez décevant et parfois très frustrant. »
Peu de gens auraient pu imaginer la suite. Près de deux décennies plus tard, son ascension vers le sommet des courses de Hong Kong témoigne de sa détermination, de sa résilience et de sa force de travail.
Zac Purton poursuit : « Rester déterminé et résilient, continuer à se présenter en piste et assumer tout ce qui va avec n'a pas été simple. Ma régularité est sans doute la chose dont je suis le plus fier. Certains jockeys sont capables de briller l'espace de quelques réunions, de quelques semaines ou d'un mois de temps à autre. Mais maintenir ce niveau sur les dix mois de la saison, et le faire depuis plus d'une décennie maintenant... Cette régularité est ma plus grande fierté. »
Le calibre des adversaires que Hong Kong a régulièrement vu éclore a constitué un autre moteur de sa progression. Zac Purton reconnaît que ces rivalités féroces ont fait ressortir le meilleur de lui-même.
Dans un premier temps, il lui a fallu détrôner le légendaire Douglas Whyte.
Zac Purton avait régulièrement amélioré sa réussite au cours des cinq années suivant son arrivée. Lors de la saison 2012/13, il s'est retrouvé à la lutte pour le titre face à Douglas Whyte, avant d'être stoppé net par des calculs rénaux en juin 2013, manquant les dernières semaines de compétition… « Nous étions au coude-à-coude, et j'ai fini par manquer plusieurs réunions, laissant cette opportunité me filer entre les doigts. Mais cet épisode m'a donné la confiance nécessaire pour savoir que j'étais désormais de taille à défier le leader et à tenter de décrocher le championnat. Je suis revenu la saison suivante bien décidé à tout donner, et j'ai gagné cinquante courses plus rapidement que jamais dans l'histoire des courses de Hong Kong. »
Zac Purton a mis fin au règne de Douglas Whyte en 2013/14. À peine avait-il écarté ce grand rival qu'un autre s'est dressé en la personne du Brésilien Joao Moreira. L'arrivée de ce dernier depuis Singapour, où il avait été sacré quadruple champion, a inauguré l'une des périodes dorées de l'histoire des courses locales. Les deux hommes se sont livrés des duels épiques au cours d'une ère spectaculaire, s'échangeant les titres de champion au fil de campagnes palpitantes.
Zac Purton estime que cette rivalité de près de dix ans avec Joao Moreira — alors que chacun se trouvait au sommet de son art — l'a poussé à se surpasser, même si le prix physique et mental de cette lutte a failli les faire craquer : « Cette décennie de domination que Joao Moreira et moi avons partagée, et les combats que nous nous sommes livrés... Nos duels se sont joués lors de l'ultime réunion à deux reprises. Nous avons fait vivre un enfer à nos corps pour aller au bout. Par moments, je pensais ne plus être capable de continuer. Nous avons puisé au fond de nous-mêmes, et cela m'a vidé de toute mon énergie à l'époque. »
Après le départ de Joao Moreira, Zac Purton s'est installé dans une période d'hégémonie absolue. Il fêtera son cinquième titre consécutif de jockey champion — le neuvième au total — le mois prochain. N'ayant plus aucun record à battre, l'Australien explique que ce sont désormais les liens affectifs avec les propriétaires, les entraîneurs et les cracks qu'il a montés qui le poussent à continuer : « J'ai eu beaucoup de chance. J'ai monté énormément de bons chevaux. Je ne pourrais rien faire sans le soutien des propriétaires et des entraîneurs, et Hong Kong a été une terre d'accueil formidable pour moi. Mon association avec Beauty Generation m'a procuré énormément de plaisir ; Aerovelocity était fantastique ; Exultant se battait comme un lion, je l'adorais. Être associé à un élément de la trempe de Ka Ying Rising est exceptionnel, et je trouve que le timing est parfait. On n'aurait pu écrire un meilleur scénario. J'en profite pleinement, et qui sait jusqu'où il ira… »
Quant à l'avenir, Zac Purton jette un regard serein sur l'ensemble de ses accomplissements. Des records continueront peut-être de tomber, mais plus aucun objectif obsessionnel ne guide le pilote de 43 ans. Le phénoménal Ka Ying Rising lui offre une parenthèse enchantée à savourer. Le feu sacré brûle toujours, mais la course effrénée aux statistiques est terminée.
L’histoire est écrite.