Samedi 17 octobre 2026, hippodrome de Randwick (Sydney). - C’est dans l’adversité qu’on reconnaît les vrais champions, des êtres capables de surclasser leurs adversaires, mais aussi, à l’occasion, de chuter. C’est alors seulement que l’exception devient manifeste : il faut se relever. Ka Ying Rising semblait invincible, mais sa deuxième tentative a prouvé le contraire. Il peut tout dans son jardin, mais exposé aux aléas climatiques et à ceux du tirage à la corde dans un peloton de douze concurrents, il n’a pas pu remonter Tempted, montée au millimètre alors que lui a voyagé dans la situation la plus inconfortable de sa carrière, sur un contour qu’il ne maîtrise pas, un terrain assoupli qui lui était étranger, à bout de souffle. Malgré tout, lui qui galopait un milieu d’un rideau d’adversaires pour nous presqu’anonymes, il a trouvé l’énergie nécessaire pour refaire en quelques mètres l’essentiel du temps perdu, et échouer à une courte encolure d’une Tempted amenée à Randwick au sommet de son art.
Il l’avait battue facilement un an plus tôt. Elle a pris un an. Et dans des conditions qui lui étaient plus favorables, elle a pris sa revanche.
David Hayes, l’entraîneur du grand favori, a regretté un mauvais numéro dans les stalles après que la série de 21 victoires de Ka Ying Rising a pris fin à l’arrivée de la course sur gazon la plus riche au monde.
Parti du 11 et contré en dehors, Ka Ying Rising s’est retrouvé en sixième position, ce qui ne lui était pas arrivé depuis très longtemps. À un moment, il a même semblé peiner dans la ligne droite avant de lancer un dernier effort, de trouver comme un second souffle. La plus haute marche, pourtant, lui a échappé.
Entraînée par Ciaron Maher et montée par Chad Schofield, un jockey qui connaît bien Hong Kong, Tempted a en revanche bénéficié d’un parcours sans histoire depuis le 1 à la corde. Elle inflige à Ka Ying Rising sa première défaite depuis janvier 2024. Joliestar a pris la troisième place, une encolure plus loin, le temps total étant de 1'08'’21.
David Hayes a commenté : « Nous ne nous attendions pas à le voir là (en milieu de peloton), mais c’est le numéro de stalle. Parfois, le 11 peut être un avantage, mais il s’est retrouvé en dehors. Il s’est placé un peu plus loin que prévu, et s’il faut retenir quelque chose de positif, il était devant une foulée après le poteau. Il a été très courageux. Le premier et le troisième ont coupé la corde et ont eu des parcours de rêve, et nous, nous avons vécu un cauchemar, six de large, sans couverture. Mais il a été brave, et j’adore sa façon de finir, même si je déteste le résultat. Le terrain, jugé souple, était absolument parfait. C’était le numéro de stalle. Nous pensions même qu’il serait un avantage, mais cela a tourné dans le mauvais sens pour nous. J’ai discuté avec Zac et il pense simplement que c’est la corde, le fait de s’être retrouvé en dehors, et que la gagnante a eu un parcours magnifique. Bravo à elle, elle fait une grosse saison de printemps. »
L’entraîneur australien s’est aussitôt tourné vers l’avenir : « Il sera là pour la réunion internationale de décembre, puis pour le FWD Champions Day. La saison ne fait que commencer, et nous espérons revenir l’an prochain dans The Everest. »
Zac Purton, associé à Ka Ying Rising pour 20 de ses 22 victoires en 25 sorties, s’est montré prudent après la course… « Je trouve qu’il a fait une très bonne course. Il s’est un peu perdu en entrant dans la ligne droite et j’avais l’impression qu’il peinait vraiment, mais quand le cheval à son extérieur (Headwall) est venu à sa hauteur, il a enclenché la vitesse supérieure et a commencé à se ressaisir. Il a bien fini jusqu’au poteau, il a un cœur énorme. Il préfère les terrains plus fermes, mais il s’en est correctement sorti sur cette piste. Tous les chevaux qui sont allés devant ont fini loin, cela n’a pas marché pour eux non plus. »
Chad Schofield, 208 victoires à Hong Kong avant son installation à Sydney en 2021, était aux anges après un changement de tactique radical : il a sollicité Tempted dès le départ, alors qu’elle court d’ordinaire en retrait… « C’est la première fois que je lui demande vraiment un effort dès le départ. D’habitude, je la laisse se détendre et je lui fais confiance pour faire la différence à la fin. Mais c’était différent, aujourd’hui. Nous avions face à nous le meilleur sprinteur du monde, le meilleur cheval du monde. Je ne le quittais pas des yeux, je savais qu’il n’était pas devant, j’ai gardé ma place et je l’ai maintenu en dehors, et je suis à peu près sûr que c’est ce qui a obligé Zac à reculer. À partir de là, j’ai eu le parcours parfait. Je suis sorti de derrière les deux animateurs et j’ai pris la tête très tôt, de loin. Mais c’est une si bonne jument, si courageuse et si combative… » Tempted court pour l’écurie Godolphin, qui l’a aussi élevée. Elle était entraînée l’année dernière par James Cummings, qui a quitté l’Australie pour Hong Kong avant cette saison. Depuis son transfert à l’été 2025, elle a remporté, c’est-à-dire l’hiver de ses 3 à ses 4 ans sur l’Hémisphère Sud, elle avait remporté six courses et pris deux places. Un score presque parfait qu’elle a encore amélioré ce samedi, malgré un rating de douze livres inférieur à celui du favori battu.
Avec le chèque de la deuxième place, équivalent d’environ 1,8 million d’euros, les gains en carrière de Ka Ying Rising atteignent près de 19,8 millions d’euros. Il dépasse Golden Sixty (18,7 millions) et occupe la deuxième place des chevaux les plus riches de l’histoire de Hong Kong, derrière Romantic Warrior, retiré avec un record mondial de gains de 32,3 millions d’euros.
Ka Ying Rising rentrera à Hong Kong lundi 19 octobre pour préparer le BOCHK Private Banking Jockey Club Sprint (Gr2, 1 200 m) du 22 novembre à Sha Tin, avant de viser une troisième victoire dans le LONGINES Hong Kong Sprint (Gr1, 1 200 m) le 13 décembre.
Il n’y aura probablement pas de Tempted ou de Joliesstar au départ ce jour-là, mais on ne pourra pas s’empêcher de nourrir un petit doute. Aujourd’hui, Ka Ying Rising a dépassé Tempted juste après le poteau. Sait-il seulement qu’il a perdu ?