Hong Kong Turf Retour

Nouvel entraîneur à Hongkong, James Cummings a reçu la curiosité en héritage

20/08/2026

Par Adam Pengilly — publié le 18 août 2026 dans Idol Horse : https://idolhorse.com/horse-racing-news/world/james-cummings-the-grandson-who-headhunted-his-own-apprenticeship/

C'est un exercice fascinant que de s'installer devant une télévision pour regarder comment les différentes régions du monde célèbrent le passage à la nouvelle année. On peut zapper d'une chaîne à l'autre presque une journée entière, en partant d'Auckland, puis Tokyo, Hong Kong, Dubaï, Londres, avant de terminer par New York et Los Angeles : des heures et des heures de spectacles lumineux et de feux d'artifice frénétiques.

L'une des premières grandes villes du globe à faire la fête est Sydney, avec son envoûtant Harbour Bridge, surnommé « The Coathanger » (le cintre) tant sa silhouette est omniprésente au cœur de la cité, entouré d'une flottille d'embarcations et de fêtards bruyants qui envahissent ses eaux profondes. Le lendemain matin est l'un des rares moments où la ville dort. Cela vaut aussi pour les vieux hommes de cheval à la peau burinée, qui ont certes courses le Premier de l’An, mais pour autant guère l'envie de travailler avant l'aube, comme les autres jours.

La plupart des adolescents ne pensent pas aux chevaux le jour de l'An, ni même le reste de l'année d'ailleurs. Mais la plupart des adolescents ne peuvent pas se targuer d'avoir pour grand-père l'un des plus grands entraîneurs qu'ait connus l'Australie, celui que les émissions d'actualité du soir se disputaient parce que, tout simplement, c'était Bart.

« Il y a eu ce moment, il y a vingt-six ans, un 1er janvier, où l'on regardait le travail du matin alors que personne d'autre n’était sur la piste et moi j'étais à l'entraînement avec mon grand-père, à Randwick », sourit James Cummings, le tout nouvel entraîneur de Hong Kong, petit-fils de la légende Bart Cummings, douze fois vainqueur de la Melbourne Cup.

« La rumeur qui montait des galops, l'effervescence de l'endroit, les jockeys, les cavaliers d'entraînement, les entraîneurs concurrents dans leur tribune, quelqu'un qui vous prépare une boisson chaude, et tout qui s'anime… J'ai toujours adoré ça. »

Quatrième génération

Il y a des gens qui naissent pour devenir entraîneur, et puis il y a James Cummings. Entraîneur de quatrième génération, vainqueur de Groupe 1, il a appris auprès de son grand-père Bart, dont les épais sourcils, la crinière argentée et l'esprit acéré avaient conquis tout un pays, fier de cet homme que l'on voyait régulièrement descendre les marches de Flemington pour accueillir un nouveau vainqueur de la Melbourne Cup, le premier mardi de novembre.

Seule la royauté sportive peut se permettre d'être désignée par un seul nom tout en restant connue du monde entier : Babe, Jordan, Tiger, Federer, Messi, Ronaldo, Brady, Bolt. En Australie, Bart, c'était cela. Dans le monde des courses, seule Gai Waterhouse s'en est peut-être approchée.

On pourrait remplir un livre de ses réparties célèbres : jamais un mot de trop, jamais un mot de travers.

Un exemple parmi d’autres : l'un des jockeys avec lequel il avait remporté la Melbourne Cup, Darren Beadman, avait stupéfié le monde des courses en annonçant qu'il quittait le métier pour devenir pasteur. En apprenant la nouvelle, Bart Cummings avait rétorqué : « Je crois qu'il devrait demander un deuxième avis. »

Il y eut aussi cette fois où un inspecteur sanitaire, en visite dans ses écuries, lui fit remarquer qu'il y avait trop de mouches sur place. « Et j'ai droit à combien, au juste ? »

La liste des anecdotes pourrait s'allonger longtemps.

Mieux qu'un diplôme

Mais ce qu'il ne disait pas comptait tout autant : son fils Anthony et ses petits-fils James et Edward ont dû apprendre en regardant plutôt qu'en écoutant. À sa mort, en 2015, Anthony Cummings prononça son éloge funèbre lors des obsèques nationales célébrées à la cathédrale St Mary, dans le centre de Sydney.

« Il m'a appris tout ce que je sais, mais pas tout ce que lui savait », déclara-t-il.

Personne n'a eu davantage l'occasion d'apprendre de Bart que James, qui rejoignit son écurie parce que cela lui semblait plus indiqué qu'un diplôme universitaire. Encore fallait-il obtenir l'aval de sa grand-mère, Val.

L'arbre généalogique des entraîneurs formés par Bart Cummings reste un pan sous-estimé de son héritage. Il n'entraînait pas seulement des chevaux de course : il formait des entraîneurs. En dehors de sa famille, il a contribué à révéler des hommes comme Leon Corstens, John Thompson, John O'Shea ou Nigel Blackiston. Ce n'est que le jour où John Thompson fut débauché pour prendre en main l'écurie privée de Patinack Farm, propriété du magnat minier Nathan Tinkler, que Bart Cummings se retrouva à chercher un remplaçant.

« Bart ne l'avait pas vu venir, raconte James Cummings. Il a dit à John Thompson : “Bon, et qui va te remplacer ?” Et John Thompson lui a répondu : “Je crois que votre petit-fils James ferait du bon travail.”

« Il a souri et il a dit : “Il va falloir que j'en parle à Val.” Il est rentré à la maison, il l'a dit à ma grand-mère, et elle a souri : elle voyait un peu l'histoire se répéter. »

C'était bien le cas.

Présence imposante

« Il était heureux d’avoir un petit-enfant intéressé parce qu'il faisait, et il avait tellement de petits-enfants qu'il ne se souvenait pas de leurs prénoms, j'en suis convaincu, poursuit James Cummings. Mais il connaissait le nom de tous les chevaux qu'il croisait en remontant l'allée de son écurie. J'ai eu la présence d'esprit de comprendre qu’il ne serait pas éternel. Ce n'est pas vraiment mon genre d'aller démarcher pour un poste, mais si je ne l'avais pas fait, si je n'étais pas allé le trouver pour lui dire “écoute, j'aimerais venir travailler pour toi”, cela ne serait peut-être jamais arrivé.

« Avec le recul, je suis heureux de l'avoir fait. »

Même pour les siens, Bart Cummings était une présence imposante.

À une époque où les courses australiennes faisaient recette, dans les années 1980, 1990 et jusqu'au début des années 2000, il était le visage des courses en Australie. L'ancien Premier ministre australien Bob Hawke alla jusqu'à le décrire comme « un grand Australien ». Il avait pour Bart Cummings plus d'affection que pour n'importe lequel de ses ministres.

« Dire qu'il était intimidant relève sans doute de l'euphémisme », confie Edward Cummings, qui dirige aujourd'hui sa propre écurie répartie sur deux États australiens. Plus personnellement, quand je suis allé travailler pour lui comme chauffeur, je me décomposais à l'idée de le côtoyer dans des conditions aussi intimidantes. Cela faisait de moi un empoté et ça m'a rapidement valu ses remontrances. Ce n'est qu'en décidant de le traiter comme n'importe lequel de mes amis, en me détendant, que nous avons commencé à bien nous entendre.

« J'étais allé travailler chez lui après m'être disputé avec mon père. Je ne savais pas vraiment quoi faire de ma vie, mais ce temps passé auprès de lui a tout clarifié. Il m'a encouragé bien au-delà de ce que j'aurais pu imaginer. Il y a même eu un moment où mon père m'a dit : “Je ne sais pas ce que tu lui as raconté, mais il t’estime beaucoup.” »

Le père en question, c'est Anthony Cummings, l'un des cinq enfants de Bart et de Val.

Comprendre le cheval

« On apprenait des choses avant même de se rendre compte qu'on apprenait », dit Anthony Cummings de sa propre expérience. « J'ai été emmené en Nouvelle-Zélande à quatorze ans, et c'est la première fois que j'ai regardé des chevaux d'un œil critique.

« J'ai commencé à comprendre ce qu'était l'équilibre, ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. J'essayais de saisir l'histoire de chaque cheval, d'où il venait et ce qu'il avait traversé.

« Lui prenait la peine de se former de cette façon. Il parcourait un haras d'un bout à l'autre et allait à la rencontre des gens pour comprendre le cheval. Ce niveau d'intensité et de détermination était très inhabituel à l'époque, et l'est encore largement aujourd'hui. Une fois qu'on est passé par là, on comprend ce qu'on a sous les yeux.

« Les deux garçons l'ont compris et s'en sont inspiré. »

L'héritage australien de Bart Cummings, en particulier sa domination sur la Melbourne Cup, la course qui arrête le pays tout entier, ne sera jamais égalé. Il semblait comprendre mieux que quiconque ce qui faisait avancer un stayer.

Mais il a aussi écrit une page de l'histoire hongkongaise, pour avoir entraîné un vainqueur à Sha Tin : Catalan Opening, dans le Hong Kong Bowl 1997. Bart Cummings a toujours admiré les courses de Hong Kong, leur dévotion au cheval et l'intensité d'un environnement où les marges sont minces et les enjeux considérables.

Il semblait inévitable que James, pur-sang de l'aristocratie de l'entraînement, qui a préparé son premier vainqueur de Groupe 1 au milieu de la vingtaine en association avec son grand-père alors déclinant, finisse un jour à Hong Kong, même si les circonstances de cette installation ont été singulières.

Un an sans entraîner

Nommé premier entraîneur australien de Godolphin à vingt-neuf ans, James Cummings a passé huit saisons réussies comme entraîneur privé du cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, jusqu'à ce que le géant mondial déchire le plan initial, l'an dernier, pour adopter un modèle public. Ses chevaux sont désormais répartis dans plusieurs écuries australiennes, dont celles des mastodontes Chris Waller et Ciaron Maher.

James Cummings n'a pas traîné : il a conclu un accord pour rejoindre les rangs du Jockey Club à partir de la saison 2026-2027. Il a passé près d'un an sans entraîner, préférant observer et comprendre les rouages du système hongkongais. Ses premiers partants sont attendus en septembre.

« Je n'ai pas besoin de vous le dire, mais c'est un garçon intelligent, glisse Anthony Cummings. Il est allé sur place, il a regardé ce qui marche et il sent bien ce qui ne marche pas. On aurait pu croire qu'observer une trêve d'une demi-saison serait un handicap, mais je dirais que cela l'a plutôt bien servi. Il a pu examiner la situation sous un autre angle. Je pense qu'il va très bien réussir. »

Il y a chez James Cummings une intensité et une soif de connaissances qui ne se sont jamais émoussées. Il connaît l'histoire, sans en être prisonnier. Pour comprendre ce qu'exige la bulle impitoyable de Hong Kong, il est allé chercher conseil auprès de trois légendes de l'entraînement : John Size, Caspar Fownes et David Hayes. Chacun a une méthode radicalement différente des deux autres.

James Cummings s'efforce déjà de s'adapter aux subtilités locales. En Australie, explique-t-il, un entraîneur qui finit par avoir trop de chevaux à son nom sans réussir à les vendre a un problème. À Hong Kong, un entraîneur n'a tout simplement pas le droit d'en posséder.

« Il existe de véritables contraintes physiques et opérationnelles sur la façon de gérer son affaire à Hong Kong, et celle-là en fait partie, dit-il. J'ai trouvé cela vraiment intéressant. Je dirais que la philosophie fondamentale de ma façon d'entraîner ne changera pas beaucoup, mais je suis prêt à rester ouvert et à modifier ce qui doit l'être. J'ai déjà appris des choses, ces derniers temps, sur les différences qui compteront ici. Sans entrer dans les détails, il y a des ajustements à faire. »

James Cummings a déjà commencé à recruter des chevaux pour des premiers mois de saison décisifs. À la mi-août, il en compte quarante sur les soixante-dix qu'un entraîneur hongkongais peut avoir à l'effectif simultanément. D'autres suivront, en vendant du rêve aux propriétaires, exactement comme son grand-père vendait autrefois des costumes dans une boutique de tailleur.

À l'école d'un tailleur

« C'est amusant de voir comment on développe des compétences par des chemins détournés, mais sa capacité à vendre un yearling est sans doute née derrière un comptoir, à vendre des costumes », sourit James Cummings.

Qu'attend-il, alors, de sa première saison hongkongaise ? L'adolescent qui voulait être au bord des pistes le premier jour de l'année est devenu un homme qui compte les jours avant ses débuts, dans une destination à laquelle il semblait de toute façon promis.

« C'est un long processus, dit-il. Il faut être patient. Je ne devrais pas vous le dire, mais je sens qu'il faut vraiment garder son sang-froid dans une saison intense et jouer sur la durée, parce que tout ne se joue pas sur la première saison. Ma réussite ou mon échec ne se décidera pas sur la seule saison N°1.

« Bien souvent, les gens expérimentés de Hong Kong vous feront remarquer que vos deuxième et troisième saisons sont un meilleur indicateur de votre potentiel d'entraîneur ici. C'est fascinant, et je vois bien la logique derrière cette sagesse.

« Et pourtant, en contradiction avec cela : pour réussir à Hong Kong, il faut bien démarrer. Je n'ai pas besoin d'avoir tous mes partants en septembre, mais quand mes chevaux commenceront à courir, il faudra qu'ils commencent bien. »

Et s'ils débutent avec le même allant que James Cummings lui-même, ce 1er janvier passé aux côtés de Bart pendant que le reste de la ville dormait, alors il n'y aura plus lieu de regarder en arrière.

Au fait : à Hong Kong aussi, on court le 1er janvier…