Hong Kong Turf Retour

Les courses de New York chassent les GPIs des dernière minutes

27/02/2026

Article paru dans The Paulick Report, le 24 février 2026 : https://paulickreport.com/features/the-breeders-cup-forum/breeders-cup-forum-nyra-and-the-new-caw-guardrails-

Lors d'une table ronde organisée en décembre au Global Symposium on Racing de l'Université de l'Arizona, le président-directeur général de la NYRA (New York Racing Asscoaition, société-mère des principaux hippodormes de galop newyorkais : Belmont, Aqueduct et Saratoga, ndt), David O'Rourke, a déclaré que son organisation allait — pour paraphraser Star Trek — s'aventurer là où aucun autre hippodrome ne s'est encore aventuré en matière de gestion des paris assistés par ordinateur (CAW, Grands Parieurs Internationaux, ou GPI, en France).

La NYRA a donné le ton sur cette question épineuse dès 2019, en réservant le Pick 6 et le Late Pick 5 (jeux de report) exclusivement aux parieurs traditionnels, off-line. En juillet 2021, la NYRA a été la première organisation hippique à mettre en place une restriction de temps sur les paris simples gagnants (Win bets) générés par CAW, en les bloquant à deux minutes du départ (à 2 minutes et 59 secondes exactement). Cela a considérablement réduit les variations de cotes de la dernière seconde qui frustrent tant les turfistes.

Désormais, la NYRA a bloqué les CAW sur toutes ses autres masses d'enjeux à une minute du départ (1 minute et 59 secondes exactement, plus le temps nécessaire pour que les chevaux rentrent dans les stalles). La politique est entrée en vigueur le 6 février, a été suspendue pour une journée le 7 février, puis a repris définitivement à partir du 11 février.

Les CAW peuvent, comme tout joueur expérimenté, placer des enjeux à un rythme allant jusqu'à six paris par seconde, mais on est bien loin de la capacité à laquelle ils opéraient auparavant, envoyant de manière programmée des milliers de combinaisons dans les ultimes secondes.

Aucun autre hippodrome ne s'est attaqué à ce problème avec autant de vigueur que la NYRA, seuls quelques-uns ayant intégré des restrictions sur les paris simples gagnants. Le reste de l'industrie hippique s'est d'ailleurs fait très discret depuis que David O'Rourke a annoncé ces nouveaux garde-fous en décembre.

David O'Rourke a répondu à une série de questions qui lui ont été adressées par Ray Paulick, éditeur du Paulick Report.

- Qu'est-ce qui a motivé la décision de la NYRA de bloquer les paris assistés par ordinateur à une minute (en réalité 1 min 59 s) du départ ?

David O'Rourke : En 2021, la NYRA est devenue la première organisation hippique aux États-Unis à établir une restriction de temps pour le jeu par CAW, spécifiquement sur la masse des enjeux en jeu simple gagnant. Cette mesure a réussi à éliminer les fluctuations spectaculaires des cotes de dernière minute et a fourni des données pertinentes pour orienter la recherche d'une nouvelle approche dans notre gestion des masses d'enjeux. La politique régissant les paris simples gagnants de la NYRA est devenue un modèle suivi par des hippodromes en dehors de New York.

L'objectif de cette nouvelle politique globale est de réduire la volatilité des cotes en fin de période de paris afin d'améliorer l'expérience de jeu de nos clients. Notre restriction de temps sur le jeu simple gagnant nous donne la certitude que ces mesures y parviendront.

La modernisation du pari mutuel face à l'évolution rapide de la technologie est essentielle pour l'avenir de notre sport, et cette nouvelle mesure constitue la prochaine étape de nos efforts pour atteindre cet objectif.

- Lorsque vous avez pris la décision initiale en 2021 de bloquer les paris simples gagnants par CAW à 2 minutes du départ (mesure toujours en vigueur aujourd'hui), quel a été l'impact sur leur jeu dans la masse d'enjeux au simple gagnant et de manière générale ?

David O'Rourke : L'impact a été immédiat et durable. À quelques exceptions près, les joueurs utilisant les CAW ne parient plus sur le jeu simple gagnant et ne représentent plus aujourd'hui qu'un faible pourcentage du total des enjeux sur ce marché. J'encourage les gens à jeter un œil à l'analyse de Marshall Gramm à ce sujet, qui reflète notre réussite à éliminer la quasi-totalité des chutes de cotes de dernière minute sur le jeu simple gagnant.

(Note de la rédaction : Marshall Gramm, turfiste et professeur d'économie au Rhodes College, a fourni les informations statistiques suivantes lors du Global Symposium on Racing 2025 : ses recherches montrent que le favori change lors du dernier cycle de paris avant le départ dans une course sur cinq en moyenne à l'échelle nationale. À la NYRA, ce ratio tombe à une course sur 25. Il suit également ce qu'il appelle les "major odds droppers" — les chevaux dont la part dans la masse des enjeux gagnants augmente de 50 % lors de l'ultime cycle. Gramm a précisé que le meeting de la NYRA à Saratoga n'a connu qu'une seule chute majeure de cote en deux ans et seulement 14 au total sur l'ensemble des meetings de la NYRA, contre 130 à Keeneland, 378 à Churchill Downs et 684 à Gulfstream Park.)

- Avez-vous eu des retours directs de la part des joueurs utilisant les CAW depuis l'annonce de la nouvelle politique en décembre ? Si oui, que vous ont-ils dit ?

David O'Rourke : La NYRA communique ce type d'évolutions réglementaires directement aux plateformes de CAW afin de garantir une mise en conformité totale.

- Vous avez mentionné votre intention d'analyser les données une fois ces changements appliqués. Que souhaitez-vous observer précisément, et comment cela orientera-t-il vos futures décisions ?

David O'Rourke : Ces mesures visent à accroître la stabilité des cotes et des rapports probables en toute fin de cycle de paris. La politique récemment mise en œuvre constitue une nouvelle étape dans cette démarche, mais ce n'est pas une fin en soi. Nous procéderons à des ajustements et à d'autres modifications une fois que nous aurons pu recueillir et analyser un volume de données suffisamment représentatif (...).

Selon l'IA Google Gemini, « L'impact financier de cette première restriction de 2021 a été scruté à la loupe par l'industrie, et les chiffres illustrent avec une grande précision le comportement de ces algorithmes face à la contrainte.

« Sur la masse d'enjeux du pari simple gagnant (Win pool) spécifiquement, la sanction a été radicale : les syndicats CAW ont presque intégralement déserté ce marché. Privés de la possibilité d'analyser les cotes définitives dans les deux ultimes minutes, leur modèle de rentabilité s'est effondré. En conséquence, le volume total des enjeux sur le simple gagnant a accusé une chute brutale d'environ 12 % dès les premières semaines d'application à l'été 2021 (donnée également fournie par un article de la revue Blood Horse cet été-là, ndt). La NYRA a sciemment encaissé cette perte sèche, considérant qu'il s'agissait du prix à payer pour restaurer l'intégrité de la cote et protéger le parieur traditionnel.

« En revanche, à l'échelle globale, l'impact sur le total des enjeux de l'opérateur a été strictement nul. Les relevés de l'époque montrent que la moyenne des paris s'élevait à 2,01 millions de dollars par course avant l'activation de la règle. Après la restriction, cette moyenne est restée figée à exactement 2,01 millions de dollars.

« Ce maintien spectaculaire du chiffre d'affaires s'explique par un effet de vase communicant. Les grands syndicats n'ont pas quitté les hippodromes new-yorkais. Ils ont simplement recalibré leurs algorithmes pour réorienter massivement ce capital vers les autres masses d'enjeux qui n'étaient pas encore soumises au chronomètre. Les récentes études économiques de référence sur le sujet, notamment celles de Marshall Gramm et Peter McKinney, démontrent que depuis 2022, la part de l'argent CAW injecté dans l'ultime cycle de paris a explosé de plus de 22 % sur les paris simples placés (Place et Show) ainsi que sur les paris verticaux (Couplés, Trio, Superfecta).

« C'est cette migration des capitaux algorithmiques qui explique la décision de ce mois de février 2026. L'opérateur a constaté que sanctuariser uniquement le pari gagnant ne faisait que déplacer le problème vers les paris de combinaison, rendant ces derniers tout aussi toxiques et illisibles pour le public. La généralisation du blocage à une minute sur l'ensemble du programme est donc la réponse directe à ce transfert de liquidités. »

En étendant l'application de ces règles restrictives à l'ensemble de sa gamme, la NYRA prend donc un risque plus important, celui d'une disparition complète des CAW, qui peuvent compter dans certaines juridictions pour une proportion allant jusqu'à 35% des enjeux.

L'évolution des enueux est donc cruciale. On évoque aussi un bond de 5% dans les enjeux « au détail » à la NYRA suite aux mesure de l'été 2021. C'est insuffisant, mais c'est un motif d'espiir.