Deux jours avant la réunion internationale Longines qui s’est déroulée dimanche dernier à Sha Tin, Winfried Engelbrecht-Bresges, PDG du Hong Kong Jockey Club, a fait le bilan d’une année riche en nouveautés…
Voici les passages-clés de cette intervention…
- Comment évaluez-vous le rôle de Hong Kong comme centre international des courses hippiques après la pandémie ?
W. E.-B. : Hong Kong est redevenu un hub majeur d’échanges et de coopération. Nous avons relancé des événements autour de la réunion internationale de ce dimanche, avec des conférences sur le bien-être des jockeys et des chevaux, notamment. Nous visons à positionner ce week-end parmi les événements mondiaux phares, comme le Dubai World Cup ou le Breeders' Cup. Cette année, la qualité des chevaux est exceptionnelle, avec des stars comme Ka Ying Rising et Romantic Warrior.
- Comment expliquer que Hong Kong puisse produire des chevaux aussi exceptionnels que Ka Ying Rising, Romantic Warrior et Voyage Bubble sans production locale ?
W. E.-B. : C'est grâce aux compétences des entraîneurs et des propriétaires qui les recrutent. Avec 400-420 chevaux importés annuellement, les probabilités jouent contre une telle concentration de champions d’exception, mais il faut des chevaux adaptés à nos pistes rapides, avec à la fois de la vitesse et du tempérament. L'ouverture du centre de Conghua en 2018 a changé la donne. Grâce à cette alternative à Sha Tin, les chevaux peuvent se changer les idées et garder davantage de fraîcheur. Ka Ying Rising en est la démonstration. Le centre d’entraînement de Conghua nous permet d’élargir la population de chevaux à 1 300 et de rénover nos écuries à Hong Kong, que nous devons vider pour les mettre aux normes, près de 50 ans après leur construction.
- Des courses officielles sont prévues à Conghua pour l’automne 2026. Comment se présentent-elles ?
W. E.-B. : Les premières courses régulières auront lieu en octobre 2026. L’accueil du public là-bas sera axé sur une expérience digitale avancée, inspirée des usages en Chine continentale. Je suis allé récemment assister à aux jeux asiatiques à Hangzhou où est situé le siège d’Alibaba (équivalent chinois d’Amazon) mais pas en qualité de VIP : j’ai tenu à suivre le parcours-client de tout un chacun. À travers l’application dédiée à l’événement, j’ai été pris par la main d’un bout à l’autre, et ce dès que je suis entré dans ma voiture pour m’y rendre ! Compte tenu des restrictions sur les paris en Chine, l’expérience que nous proposerons à notre public à Conghua visera à construire une fanbase en misant sur le sport et l’immersion, et non le jeu. Des études montrent que les jeunes préfèrent comprendre le sport avant de parier. Ici aussi, nous ciblons les familles et les jeunes via Ponyland, un espace à cheval sur l’hippodrome et le centre de la piste qui sera ouvert à tous. Ici à Hongkong, les mineurs ne peuvent accéder à l’hippodrome. Toutefois, nous avions obtenu il y a une douzaine d’années que les enfants des membres du club, des propriétaires, par exemple, puissent accompagner leurs parents. C’est grâce à cette mesure que plusieurs d’entre eux sont devenus propriétaires à leur tour, car il y a un âge critique, autour de 14 ans, auquel chacun se construit son univers. D’autre part, en Chine, l'équitation explose ; toucher les chevaux est donc devenu la clé. Nous visons à passer de 1,6 million de fans à plus de 2 millions en 10 ans, en incluant la région sur le continent. Des technologies comme l'IA et la gamification aideront, comme elles ont aidé la NBA à élargir sa base dans le monde.
- Quels défis pour les jockeys et entraîneurs avec l'expansion du programme ?
W. E.-B. : Nous avons étudié la question et il se trouve que le nombre idéal d’entraîneurs ici est 23 ou 24. Au-delà, de toute façon, des entraîneurs devraient partager les écuries et nous n’y sommes pas favorables. Pour les jockeys, pas d'augmentation massive non plus. Il faut veiller à garder un certain équilibre. Nous formons toujours plus d’apprentis locaux. Hong Kong est ultra-compétitif ; seuls 20% des jockeys réussissent. Zac Purton domine aujourd’hui, mais il y aura des successeurs, comme lui-même a succédé à d’autres avant lui.
- Joao Moreira a gagné les deux premières à Happy Valley mercredi et l’accueil du public fut extraordinaire. Cela vous fait-il songer à le reprendre ici, comme il en a été question ?
W. E.-B. : Je ne crois pas. Joao a toujours été très populaire ici mais quand il est parti, après avoir eu des problèmes de santé, il n’était plus à son meilleur niveau. Il ne pouvait plus lutter avec Purton. Zac est mentalement très fort. Il peut jouer avec ses adversaires. Je me souviens particulièrement d’une fin de saison, alors qu’il avait quelques victoires de retard sur Joao. Il s’était mis dans la tête qu’il allait gagner le championnat et n’arrêtait pas de le répéter à son rival, qui s’est mis à douter. Zac est entré dans sa tête et Joao a faibli. Il a été battu pour finir.
- Quel est le principal défi que les courses doivent relever aujourd’hui ?
W. E.-B. : La plus grande menace est le vieillissement de notre clientèle. Nous devons absolument élargir notre audience via la tech et le bien-être animal, et nous coordonner en dépassant nos égos. L'avenir est dans l'innovation et l'unité.